Ségrégation: les conséquences

La ségrégation scolaire « est un état et un processus de séparation physique, sociale et symbolique de populations d’élèves » selon le sociologue Jean-Paul Payet. Si la ségrégation semble s’opérer en fonction de critères neutres (p. ex. des examens de sélection, des frais, la motivation), il n’en est rien dans les faits : les enfants qui répondent à ces critères ont généralement un profil social favorisé (parents riches et/ou éduqués).

« Séparés, mais égaux » : l’histoire de nos voisins américains nous a enseigné qu’au contraire, la ségrégation engendre de nombreux maux pour toute la société. Pour le Québec, les conséquences sont particulièrement corrosives aux plans scolaire, social et économique.

 

Conséquences scolaires

53 % des Québécois âgés de 16 à 65 ans ont des compétences faibles ou insuffisantes en littératie. Les résultats de nos élèves dans les examens internationaux stagnent ou déclinent. Un quart des enseignants comptant moins de cinq ans d'expérience abandonnent la profession. Le taux de décrochage au secondaire reste désespérément élevé à 25,3%. En Ontario, il se situe à moins de 15%. Les seules solutions qui semblent à la portée du Ministère de l’Éducation sont le maquillage de chiffres ou le gonflage de notes. Les effets de la ségrégation scolaire au Québec ne peuvent être niés.

Comment la ségrégation influence-t-elle les résultats des élèves québécois ?

La présence des élèves les plus performants est un facteur majeur de la réussite scolaire pour tous. Un comité d'experts mandaté par le ministère de l'Éducation écrivait ceci en 2014 : « Ainsi, les élèves qui sont plus à risque d'échouer pour des raisons liées à leur statut socioéconomique ou à leur origine ethnique, bénéficient significativement de la présence d'élèves forts dans leur classe, alors que les élèves forts ne sont pas pénalisés par la composition hétérogène de leur classe. »

Ce même comité d’experts présidé par Pauline Champoux-Lesage (qui a été Protectrice du citoyen de 2001 à 2006) précisait aussi dans son rapport que :

  • « Favoriser l’hétérogénéité des classes et des établissements scolaires apparaît donc comme un moyen peu coûteux d’améliorer l’efficience d’un système scolaire, alors que la pratique du placement sélectif des élèves dans des classes ou des écoles différentes sur la base de leurs résultats scolaires, résultats qui sont intimement liés à leur origine sociale, entraîne des coûts supplémentaires dus à la concentration d’élèves à risque dans les mêmes groupes. »
  • « Le placement sélectif des élèves sur la base de leurs résultats scolaires et de la capacité de leurs parents de choisir une école plutôt qu’une autre est à la fois inéquitable et inefficace, car il entraîne systématiquement une diminution substantielle dans les taux de réussite scolaire de l’ensemble des élèves et contribue à maintenir les inégalités sociales. »

Si les élèves les plus performants tirent tout le monde vers le haut, que se passe-t-il lorsqu’ils sont retirés de l’école publique commune pour aller dans un projet particulier ou au privé subventionné? Plusieurs recherches récentes menées aux États-Unis et au Québec montrent qu’il existe un seuil limite au-delà duquel les élèves qui restent dans la classe ordinaire commencent à orchestrer une spirale descendante. Ce seuil se situerait autour de 10 % (Rapport Larose - Fédération des syndicats de l’enseignement, 2016). Au Québec, avec une ségrégation de 41 % (21 % d’élèves du secondaire au privé subventionné et au moins 20 % dans les projets particuliers sélectifs), ce point de rupture est passé depuis longtemps. Notons qu’en Ontario, où le privé n’est pas subventionné, la fréquentation du privé au secondaire plafonne à 5 %.

L’accroissement de la ségrégation et son effet dramatique sur les résultats scolaires se mesurent d’ailleurs dans les résultats au célèbre examen international PISA : diminution des résultats de l'ensemble des élèves québécois (baisse en lecture et sciences, stagnation en mathématiques) depuis 2003 (Rapport canadien sur PISA, pp. 77 et 91). Et si les résultats de 2015 ont connu une hausse spectaculaire, c’est à cause de la non-participation des écoles publiques à la suite d’un boycottage organisé par la Fédération québécoise des directions d’établissement d’enseignement…

 

Conséquences sociales

Alors que les systèmes d’éducation sont censés jouer un rôle d’ascenseur social pour les enfants défavorisés, celui du Québec est un descenseur social.

Dans son rapport de 2016, Remettre le cap sur l’équité, le Conseil supérieur de l’éducation déclare sans détour : « au lieu d’atténuer les inégalités sociales, le fonctionnement du système contribue donc en partie à leur reproduction. […] Les données présentées dans ce rapport montrent que ce sont majoritairement des enfants des milieux favorisés et de la classe moyenne qui profitent des programmes enrichis et qui sont placés dans les conditions les plus propices à l’apprentissage. Les inégalités de traitement observées sont donc inacceptables et évitables. »

Les chiffres sont clairs en ce qui a trait aux revenus des familles ayant recours au privé : 60 % ont un revenu supérieur à 70 000 $ alors que ce n’est le cas que de 30 % de l’ensemble des familles du Québec. « L’école privée demeure donc essentiellement le privilège des familles bien nanties, tandis que les enfants de familles modestes y sont l’exception. » (Rapport Larose, p.41).

Les conséquences se font aussi sentir sur la cohésion sociale : les enfants qui quittent l’école commune perdent leurs amis, ceux qui ratent l’examen comprennent bien qu’eux ne partiront pas, les parents doivent organiser toute une logistique pour sortir et ramener les enfants du quartier où ils habitent, etc.

>> Voir article Pour en finir avec l’écrémage scolaire

De la même manière, la folle course à la sélection scolaire n’est pas sans conséquence pour les familles du Québec.

>> Voir le dossier de Radio-Canada sur les tests d’entrée au secondaire

>> Vous voulez nous faire part des conséquences néfastes de l’écrémage sur votre famille ? Visitez la section Témoignages.

Bref, nous sommes passés d’une culture du dépassement de soi à celle du dépassement des autres et toute la société en paye le prix.

 

Conséquences économiques

L’inefficacité de notre système scolaire est un boulet pour l’économie et les finances publiques du Québec. La pénurie de main-d’œuvre qualifiée et l’analphabétisme de nombreux chercheurs d’emplois plombent les efforts de recrutement des PME québécoises. 53 % des Québécois âgés de 16 à 65 ans sont considérés comme des analphabètes fonctionnels. Cela signifie que des travailleurs de tous âges ont d’importantes difficultés en lecture et sont bien mal outillés pour s’adapter aux changements technologiques en cours. Le Fonds FTQ et la Fondation pour l’alphabétisation ont annoncé le 16 mai 2017 leur intention de réaliser une étude sur les impacts économiques de ce problème.

Le rapport Savoir pour pouvoir publié à l’initiative de L. Jacques Ménard, président de BMO Groupe financier, tirait déjà en 2009 la sonnette d’alarme au sujet du décrochage scolaire au Québec et chiffrait l’échec de notre système scolaire : « Le décrochage des 28 000 jeunes par cohorte représente pour le gouvernement du Québec un manque à gagner de 1,9 milliard de dollars, en valeur actualisée. Ce manque à gagner est constitué de taxes et d’impôts non perçus ainsi que de dépenses sociales additionnelles généralement associées à un décrocheur sur la durée de sa vie. »

>> Le Mouvement L’école ensemble a comme objectif de produire une note sur l’impact de la fin de la ségrégation sur notre économie. Vous pouvez d’ailleurs nous aider à financer cette étude en faisant un don.


Et pourtant les solutions sont simples… et économiques.

>> Voir section Solutions